Situation militaire

 

Note de la Rédaction

 

Les grands journaux quotidiens du monde entier se sont procuré à prix d'or, pour tenir cette rubrique des collaborateurs militaires éminents. Ce sont des généraux comme Von Ardenn ou Cherfils, des colonels Repngton ou Rousset, à l'extrème rigueur un commandant, comme le commandant de Civrieux ou le major Motrat qui, dans le Magdeburg Zectung et l'Echo de Paris, dans les Times et le Petit Parisien dans le Matin et le Berliner Tageblatt commentent au jour le jour pour le plus grand public les évènements de la guerre. L'exiguïté de notre budget nous a obligés à être plus modestes et nous n'avons à vous offrir dans ces colonnes que les réflexions d'un simple sergent. Encore est-il réserviste! mais il a bonne volonté, ne manque pas d'imagination, et nous espérons qu'avec de l'entraînement, il arrivera à ne pas dire moins de (censure) que ses illustres confrères.

 

La Guerre

 

aperçu rétrospectif

 

Voici bientôt un an que la mobilisation a été décrétée et que l'on a vu s'étaler sur les murs de toutes les mairies les sensationnelles affiches blanches qui invitaient les militaires des armées de terre et de mer à rejoindre leurs corps sans délai.

Voici bientôt un an que, dans des trains enguirlandés, nos régiments ont quitté leurs garnisons, au milieu des acclamations et des chants, et que le bruit des victoires d'Alsace s'est répandu dans la population française. La guerre qui semblait devoir être courte dure toujours, et quelques-uns de nos camarades oubliant qu'il y a eu dans l'histoire des guerres de sept ans, de trente ans et même de Cent ans se plaignent avec amertume de la lenteur des opérations. A les entendre rien n'a été fait, et la situation des Armées en présence n'a pas changé d'Août 1914 à Août 1915.

En réalité tout a été fait et c'est pour (censure) que la France menacée il y a un an dans son existence même combat à l'heure actuelle. Lorsque la mobilisation survint, le France qui n'avait pas (censure) la guerre, n'était pas prête à la faire. L'insuffisance de notre artillerie lourde, le petit nombre de nos officiers, la visibilité même de nos uniformes, tout prouve jusqu'à l'évidence que nous étions entrés dans la voie des armements à la suite des autres puissances, mais sans enthousiasme avec la conviction qu'il n'y aurait plus de guerres européennes, que les dépenses militaires étaient des dépenses inutiles, et que le budget de la guerre pouvait se prêter sans risques à toutes les réductions de crédit.

L'Allemagne, elle, se croyant peut-être vraiment menacée dans sa sécurité par la Triple Entente, s'était préparée à la lutte.

Elle avait une artillerie lourde formidable, des canons de 42cm dont le conception passe l'imagination, du matériel et des hommes en abondance et c'est avec la certitude du succès que sans l'aide de l'Italie et réduite au seul concours de la vaillante Autriche, elle s'engageait dans la lutte européenne.

Son plan était à la fois simple et hardi: négliger momentanément la Russie qui par suite de la lenteur de sa mobilisation ne pourrait être avant longtemps un adversaire dangereux, lancer sur la France la presque totalité des ses effectifs, bousculer les armées françaises, pénétrer à Paris et, avant qu'il ait pu se ressaisir, arracher la paix au plus redoutable de ses ennemis, tourner ensuite ses armées victorieuses contre la Russie qui, réduite à ses propres ressources, n'aurait pu avec ses forces inorganiques, résister à l'élan de troupes solides et exaltées par le succès.

Tel était le plan du Grand Etat Major allemand et voilà pourquoi, dans les premiers jours d'Août 1914, tandis que quelques Cent mille hommes gardaient les lacs Masuriques, deux millions et demi de soldats quittaient les camps d'Aix-la-Chapelle et de Trèves pour gagner à travers la Belgique, le Luxembourg et la Lorraine annexée, la France et Paris.

Si ce plan avait réussi, la France était perdue. Le plan échoua. Ce qui nous sauva ce fut d'abord la résistance de la Belgique qui défendit désespérément sa neutralité et appela l'Angleterre à son aide. Ce fut ensuite, l'habile stratégie du haut Etat-Major français. Le général Joffre, au commencement de la guerre, ne savait ni quels effectifs, l'Allemagne prétendait employer contre lui, ni où elle l'attaquerait. Il avait à sa disposition 1.500.000 hommes de troupes de première ligne. Il décida de prendre l'offensive dans toutes les directions et de tâter l'ennemi. Une armée opéra en Alsace, occupa les cols des Vosges, infligea aux Allemands la défaite de Schirmeck dans la vallée de la Bruck prit Altkirch et Mulhouse. Une autre armée partie de Nancy, pénétra en Lorraine annexée jusqu'à Sarrebourg et Morhange où elle fut arrêtée (censure) par les troupes du prince héritier de Bavière. Une troisième armée (et parmi les troupes qui la composaient les héroïques soldats du 3ème corps) pénétrait en Belgique, le 17 Août et se heurtait à l'armée allemande le 22 août sur la ligne Mons-Charleroi.

Les victoires d'Alsace, comme les défaites de Morhange et de Charleroi montrèrent au généralissime 1° que l'Alsace était à peu près dégarnie de troupes allemandes, et que l'effort ennemi se portait presque uniquement sur la Belgique et la Lorraine.

2° Que les armées allemandes qui s'avançaient du Nord et du Nord-Est étaient formidables, et qu'il ne serait pas trop de toutes les armées anglo-françaises pour les arrêter dans leur marche sur Paris.

Muni de ces indications le général Joffre décida de procéder à un nouveau groupement de ses troupes. A la colossale armée allemande d'invasion, il voulut opposer la totalité des forces dont il disposait. Il appela l'armée d'Alsace au secours de l'armée du Nord. De peur que celle-ci ne fut détruite avant d'avoir reçu

 

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