par semaine l'ouverture de "Poète et Paysan".  La section d'Opéra-Comique avec ses jeunes premières quinquagénaires, ses Dugazons aphones, ses lamentables choristes? Je veux bien mais ne faut-il pas malgré tout un peu d'illusion au théâtre? La vérité, c'est que l'on meurt d'ennui à Laval, comme dans bien d'autres villes de la province française. Artistes, musiciens, écrivains, acteurs, Paris à tout pris pour lui, il ne leur a laissé à elles que la paix de leurs rues silencieuses.

Aussi, si nous vivons encore au temps des légendes, je crois que l'on pourrait dire de ma petite ville ce que le bon Perrault, nous raconte de la Belle eu bois dormant. Quand toute blanche en sa robe de pierres fraîches la cité nouvelle s'éveille à la vie, les fées du voisinage conviées à la (?) s'empressent autour de son berceau. l'une lui donna la grâce plus belle que la beauté, l'autre lui promit que jamais elle ne connaîtrait la misère. Mais une fée qui n'avait pas été invitée, arrive sur le tard et dit: "Je vais t'enlever les dons de mes compagnes. Tu seras donc jolie et riche, mais à peine sortie de l'enfance tu t'endormiras d'un long sommeil". Et comme "le Belle au bois dormant" la petite ville s'est endormie. Seulement, le Belle ne dormit que cent ans, et elle se réveilla quand respectueusement et hardi à la fois comme un amoureux, le prince Charmant s'agenouilla au pied de son lit, tandis que ma petite ville n'a pas encore trouvé le magicien qui le tirera de son sommeil séculaire.

Elle dort toujours....

L. Calvet

 

- Images de Chez-nous-

"La petite ville"

 

Province, feux voilés, bruits inquiets, angoisse.....

Désirs de vivre ainsi qu'on a toujours vécu......

Logis à croupeton dans l'ombre des paroisses....

Grands mères avec des bonnets et des fichus....

 

Les robes ont le pli des choses jamais mises

Les étoffes, d'un temps qu'on ne peut préciser

Gardent comme une odeur de lainage et d'église.....

On usera toute une vie à les user.

 

Et des vieilles qui vont tout bas, comme elles peuvent

Toutes gauches de n'être pas agenouillées

Meublent la rue ainsi de vieilles robes neuves

Qui même sur leurs corps ont l'air d'être pliées...

 

On les dépasse. On cherche un vie et des êtres

On longe des couvents et des murs d'hopitaux.....

Et l'on ne voit des yeux qu'au travers des fenêtres

Où des géraniums fleurissent dans un pot

 

Tout est humble et silencieux sur l'esplanade

Des vieux inoccupés passent le long des bancs....

Ils viennent là vieillir d'un jour sous le ciel fade

Ralentissant leur vie afin d'emplir le temps.

 

Sous les grilles, dans les jardins les roses dorment,

Les enfants ennuyés, attentifs doux et las,

Les jeunes filles sous leurs nattes d'uniforme

Grandissent quelque part au fond des internats.....

 

La ville sonne creux au choc clair de ses cloches.

Le son meurt dans l'air vide, où les cloches sommeillent

aux angles des toits bas, le jour lent s'effiloche....

Les maisons ont l'odeur des armoires de vieilles....

Et quand nos trains, dans ces dortoirs à bonnes femmes

Entreront, ébranlant la gare ensommeillée

Nous essuierons du doigt la portière embuée

Et nous murmurerons "Evêché 10.000 âmes"

 

Paul Géraldy

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